Intimité

 
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Une des magies de la photographie, au delà de l’image offerte à chacun et des interprétations qu’elle véhicule, c’est que de chaque cliché naît une histoire. Pas celle qui vous est dévoilée mais l’histoire de son auteur sur le chemin de l’instant saisi. On peut la supposer ou l’imaginer mais lui seul sait ce qui l’a mené à la rencontre. Cet instant de grâce éphémère où tout s’est suspendu. Les conditions alentours lorsqu’il a appuyé sur le déclencheur, le bruit et les odeurs, les secondes qui ont précédé et celles qui ont suivi, tout cela lui appartient, c’est son trésor. La récompense accordée à celui qui a su dérober un instant au temps. 

C’est un bien précieux qui est souvent protégé alors si vous aimez une photo et que son auteur vous raconte son histoire, sachez l’apprécier car il vous dévoile un secret et vous laisse pénétrer son intimité.

Cette photo m’est particulièrement chère car elle rassemble 3 choses que j’aime dans la pratique de la photo : l’instant, la rencontre et un détail qui ajoute de la force à l’image. 

Je ne peux m’empêcher de sourire avec tendresse chaque fois que je la regarde et je la prends comme un cadeau qu’il me plaît de partager avec vous aujourd’hui.

“Nous sommes début novembre, il est presque 9h, quartier Mer Sultan. Je suis en voiture pour rejoindre mon bureau. C’est une heure que j’apprécie pour être en ville, la lumière est encore douce, les gens s’activent pour aller au travail, les rues s’animent. La circulation est dense alors je m’engage dans une petite rue de traverse pour éviter les grands axes comme j’aime à le faire. Mon oeil balaye le décor lorsque il est stoppé par une entrée de garage, mur rosé, belle lumière, chaises vides, grilles : une photo. Je me range sur le côté, sors mon iphone, cadre. Un instant avant d’appuyer sur le délencheur, une dame entre dans le champs, je ne l’ai pas vu arriver. Elle marche avec difficultés, semble fatiguée. Elle s’assoit sur la chaise à l’entrée du garage comme pour reprendre son souffle un instant. Je n’ai pas bougé. Elle ne m’a pas remarqué. Le bras déjà accoudé à la fenêtre, je n’ai qu’à effleurer l’écran du téléphone pour saisir l’image. 

Ce n’est que plus tard à mon retour au bureau que je relève le détail de la grille et des chaussures.”

Posté sur Tiitswi - a collective of moroccan phoneographers dedicated to promote mobile arts in Morocco - le 10 nov 2011
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